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Jean-André-Maye

Forgé par les luttes, André Maye avait comme fil rouge cette phrase de Victor Hugo : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ». Une phrase extraite d'un poème qui résume avec justesse le parcours et les valeurs de cette grande figure de Tarnos et des Forges de l'Adour.

Textes : Ville de Tarnos. 2015 - 2016

André Maye. Non daté, Ville de Tarnos
André Maye. Non daté, Ville de Tarnos

Un syndicaliste précoce, des Forges à l'ONU

André Maye est né le 19 novembre 1920, « un mois avant le Parti communiste français » comme il aimait à le signaler, en plein cœur des « corons des Forges ».
Orphelin à l'âge de 8 ans, il est élevé par son demi-frère à la Cité des Forges de Tarnos. C'est en 1934, à l'âge de 13 ans, qu'il entre comme apprenti à l'Usine des Forges pour pouvoir ramener un salaire à la maison. Il devient ajusteur-tourneur-traceur. Il est par la suite nommé chef d'équipe puis adjoint au chef d'atelier.

Confronté à la dureté du travail et à l'exploitation que subissent les ouvriers des Forges, André Maye découvre dans le même temps les fortes traditions de lutte et de solidarité existant entre les ouvriers. Il adhère alors l'année même de son entrée dans le monde du travail, à la Confédération Générale du Travail Unitaire (CGTU). Son action, ses valeurs, ses convictions et son sens de l'engagement font rapidement de lui un camarade reconnu à la CGTU, puis à la CGT, après la réunification des deux syndicats.

La Seconde Guerre Mondiale vient interrompre un temps ce parcours. Réfractaire au Service du Travail Obligatoire (STO), André Maye est raflé en juin 1943 et déporté au camp disciplinaire de Berlin. De retour en France, il épouse Simone Dubois, également très impliquée sur le plan syndical, avec laquelle il aura deux enfants.

Après la Guerre, André Maye continue son militantisme syndical. Il est désigné responsable syndical, puis élu à la direction du Syndicat des Métaux et au Comité d'Établissement. Il devient également Secrétaire du Comité central d'Entreprise de la Compagnie des Forges.
Son engagement syndical le portera jusqu'à l'ONU où, représentant de la Fédération Syndicale Mondiale, il s'insurgera contre les idées de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier.

Un engagement politique et municipal

Son engagement syndical se double d'un engagement politique. André Maye adhère au Parti communiste français en 1952. En 1959, il entre au Conseil municipal dans l'équipe de Joseph Biarrotte. Six ans plus tard, il est Premier Adjoint et devient Maire de Tarnos en 1971. De 1964 à 1988, il est élu au Conseil général des Landes.

En 1965, les Forges de l'Adour ferment. L'action volontaire d'André Maye, ainsi que sa capacité à rassembler et à travailler main dans la main avec le Maire communiste de Boucau d'alors Jean Abbadie, ont permis d'amorcer la reconversion industrielle de la ville.
Leader syndical, il paiera le prix de son engagement en étant un des rares ouvriers des Forges à ne pas bénéficier des reconversions mises en place dans les entreprises de fabrique d'engrais ou dans l'aéronautique.

En 1991, après 20 années à la tête de la collectivité, André Maye passe le flambeau à Pierrette Fontenas et redevient simple conseiller municipal jusqu'à la fin de son mandat électif en 1995.

Réunion des élus autour de Joseph Biarrotte. Années 1960, Ville de Tarnos
Réunion des élus autour de Joseph Biarrotte. Années 1960, Ville de Tarnos

André MAYE, le "Batisseur"

Durant ses années de mandat, André Maye révolutionne le visage de la ville. Il est en effet le premier à  prendre conscience de la nécessité de donner un centre-ville à Tarnos et de transformer le bourg.

Confronté aux difficultés que des jeunes travailleurs connaissent pour se loger, il fait construire le Foyer des Jeunes Travailleurs (1971). Sous son mandat, Tarnos se dote des écoles Félix Concaret (1986), Jean Mouchet (1978) et de l'école maternelle Odette Duboy (1977). De son action résulte aussi la construction de la première cuisine centrale Jean Paillé (1982) et de la première station d'épuration. Il est également à l'origine de la création du quartier du Pissot (1968), la salle Joseph Biarrotte (1984) et du stade intercommunal (1986) [Lien stade intercommunal] qui porte aujourd'hui son nom.

Son action fut aussi décisive en tant que Conseiller général. André Maye participe à la création du SITCOM Côte Sud des Landes. Il travaille également avec la Société d'Aménagement des Territoires et d'Équipement des Landes (SATEL) et contribue au développement de diverses infrastructures notamment en terme de voiries avec l'A63 ou le CD85.

 Inauguration de l'Avenue Lénine. 1970, Ville de Tarnos
Inauguration de l'Avenue Lénine. 1970, Ville de Tarnos

L'internationaliste

Son activité politique ne se limite pas à ses mandats électoraux. André Maye participe à toutes les manifestations ouvrières où sont revendiqués la paix, la justice et les droits humains.

Il défile ainsi le 14 juillet 1953 à Paris lors de la traditionnelle manifestation organisée par le parti Communiste Français pour célébrer la Révolution française et à laquelle se sont joints des nationalistes algériens du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj.
De ce défilé violemment réprimé au cours duquel la police tire sur la foule et tue sept manifestants, André Maye a gardé la cicatrice d'un coup de matraque.
(À cette dante de Guerre d'Algérie n'a pas commencé si on accepte la date traditionnellement admise du 1er novembre 1954 comme déclenchement.)

En 1988, il organise à Tarnos une marche en hommage à Dulcie September, représentante de l'ANC en France, assassinée par des partisans de l'Apartheid le 29 mars 1988. A l'époque où Nelson Mandela, encore en prison, est considéré par l’État comme un terroriste, André Maye et la municipalité le déclarent citoyen d'honneur de la ville. Ce même jour, le drapeau de l'ANC flotte sur l’Hôtel de Ville.

Le drapeau de l'ANC flotte sur l’Hôtel de Ville. 1988, Ville de Tarnos
Le drapeau de l'ANC flotte sur l’Hôtel de Ville. 1988, Ville de Tarnos

Maire honoraire de Tarnos, il a continué, jusqu'à la fin de sa vie, à suivre de près les évolutions de la commune.
En 2010, une belle fête avait été organisée pour ses 90 ans par ses amis et camarades. Parmi les 500 convives, Patrick Le Hyaric, Directeur du journal L'Humanité et Député Européen, était venu lui rendre hommage.
Le 21 novembre 2014, André Maye s'éteint à Saint-Martin-de-Seignanx, à l'âge de 94 ans. Il repose désormais à Sainte-Marie-de-Gosse, aux côtés de sa compagne, Odette Miremont.

(de gauche à droite) André Maye, Pierrette Fontenas, Jean-Marc Lespade, Alain Baché et Marie-George Buffet lors de l'inauguration de l’Hôtel de Ville. 2004, Ville de Tarnos
(de gauche à droite) André Maye, Pierrette Fontenas, Jean-Marc Lespade, Alain Baché et Marie-George Buffet lors de l'inauguration de l’Hôtel de Ville. 2004, Ville de Tarnos

Hommage de Monsieur Jean-Marc Lespade, Maire de Tarnos

Extrait du discours prononcé le 25 novembre 2014 lors des obsèques de Jean-André Maye

« Pour moi, André Maye était un personnage hors du commun. Il incarnait comme personne la Ville de Tarnos, cette Ville de résistance comme il aimait la qualifier. Sur le plan intellectuel, il était profondément rigoureux, exigeant avec lui-même comme avec les autres. Quand j'ai succédé à Pierrette Fontenas, il m'a donné quelques conseils. C'était aussi un formidable orateur et à ce titre, il me revient en mémoire une anecdote qu'il m'avait confiée. Dans les années 1950, à la suite d'une rude négociation salariale avec les patrons des Forges, André Maye s'était chargé d'en communiquer les résultats à ses collègues ouvriers. En hauteur, juché sur des poutrelles métalliques, il avait informé les ouvriers qu'une augmentation de salaire à deux chiffres avait été obtenue. S'exprimant en patois, des ouvriers au premier rang avaient dit que ce n'était pas possible et que sûrement André Maye se trompait. Il lui avait fallu convaincre les incrédules et confirmer cette formidable avancée sociale.

André Maye a laissé son empreinte sur la Ville de Tarnos. Lors du repas organisé pour ses 90 ans, ils étaient plus de 500 d'entre eux à être venus le saluer. Les Tarnosiens ne l'ont pas plus oublié aujourd'hui et sont venus en nombre lui rendre hommage. Les nombreux messages inscrits dans le livre de condoléances ouvert en Mairie sont là pour le prouver. Sa perte est immense pour notre Ville mais nous avons désormais le devoir de faire vivre son souvenir. (...) »

Pierre Laurent, Secrétaire National du Parti Communiste Français

Jean-Marc Lespade, Maire de Tarnos, vient de m'informer du décès de Jean-André Maye, qui fut Maire de cette belle ville pendant 20 ans et Vice-président des Landes. Jean-André Maye avait le sens du bien commun. Militant communiste, syndicaliste, engagé pour son idéal de justice sociale. Il avait mis cet engagement au service des travailleurs, des habitants de Tarnos et de son département. Il fut un grand homme politique des Landes et bien au-delà. Je présente à sa famille, à ses proches, à l'équipe municipale, à ses camarades syndicalistes et communistes, aux habitants de Tarnos qui sont dans la peine toutes mes condoléances et mon amitié dans ce moment si particulier.
Pierre Laurent,
Secrétaire National du Parti Communiste Français

Voir les hommages rendus à André Maye